Premières critiques au PS contre la campagne de Martine Aubry
Personne au PS n’a douté que les élections européennes du 7 juin constitueraient un test important pour l’autorité de Martine Aubry à la tête du Parti socialiste et, peut-être aussi, pour son éventuel destin présidentiel. Ces derniers jours, des socialistes n’ont pas manqué de le lui rappeler. Plus ou moins feutrées, les critiques adressées à la première secrétaire portent sur le déroulement de la campagne et font écho au préoccupant surplace du PS dans les sondages.
Certains, tel l’ancien ministre Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal, font grief à Mme Aubry d’avoir lancé à contretemps le thème du “vote-sanction” contre Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso. L’angle d’attaque n’a pas permis de suffisamment identifier le PS parmi ses nombreux concurrents. Quant au slogan du ” vote utile”, devenu le “vote efficace”, il serait, ajoutent-ils, plus adapté à une fin de campagne.
D’autres font grief à la direction de n’avoir pour objectif que de limiter les dégâts. Ils voudraient que Mme Aubry place la barre plus haut, par exemple en se donnant pour objectif de devancer les listes UMP sur le plan national, malgré l’avance d’une demi-douzaine de points qu’elles possèdent aujourd’hui, selon les sondages. “Si nous n’y parvenons pas, personne ne sera à blâmer, mais il s’agit du seul moyen de mobiliser pour réaliser un bon résultat”, estime Pierre Moscovici, ancien ministre des affaires européennes. Les proches de François Hollande acquiescent.
Ancien numéro deux du PS, François Rebsamen, qui avait interpellé Mme Aubry, considérant que “la parole socialiste ne portait pas”, pense de son côté que le Parti socialiste devrait viser “plus de 25 % des voix”. D’autres encore pointent la faiblesse des contre-propositions sur le terrain de la politique intérieure et un argumentaire européen resté trop longtemps insuffisamment hiérarchisé.
Au PS, à l’approche du scrutin du 7 juin, on considère - y compris dans l’entourage de Mme Aubry - que la zone dangereuse commence au-dessous d’un score de 20 %. En deçà, la contre-performance collective s’accompagnerait inévitablement d’une remise en cause personnelle de la première secrétaire. Elue en novembre 2008 contre Ségolène Royal dans des conditions contestées, Martine Aubry est parvenue à rassembler les diverses composantes du parti au sein de la direction. Ses proches soulignent que le projet européen a été bâti collectivement, en dépassant les clivages du référendum de 2005. Mais les divisions de l’après-congrès n’ont pas été surmontées et cela se ressent dans la campagne.
Si la majorité des élus écarte l’hypothèse d’une chute libre du PS, d’autres ne cachent pas leur pessimisme et redoutent “un vote-sanction d’une partie de l’électorat de gauche contre le PS”. “Or, si l’on décroche pour de vrai, il faudra forcément revoir le dispositif”, glisse un dirigeant, maniant l’euphémisme.
Changer de leader en poussant Mme Aubry à la démission ? Certains y pensent, sans trop y croire. Le premier secrétaire étant élu par les adhérents au suffrage universel direct, l’organisation d’un nouveau scrutin serait alors nécessaire. A neuf mois des élections régionales, il s’agirait d’un scénario catastrophe pour le PS.
Martine Aubry, dont l’agenda de campagne s’est alourdi ces derniers jours, accueille ces spéculations avec un agacement à peine voilé. “Depuis longtemps, (un score de) 20-22 % des voix correspond à l’étiage normal du PS aux européennes”, fait remarquer la première secrétaire. “Même si ce niveau est atteint malgré une offre politique concurrente bien plus large qu’auparavant, cela ne me satisfait pas et nous allons tout faire pour progresser”, ajoute-t-elle.
Pas question, toutefois, de fixer un objectif chiffré ou de prétendre faire mieux que la liste UMP. Ce serait tomber dans le piège tendu par ses adversaires. “Le PS seul n’a pas la possibilité de devancer les listes UMP, qui font le plein des voix de la droite”, a déjà tranché Jean-Christophe Cambadélis, directeur de la campagne du PS. Le député de Paris, qui pense que “les choses ne se sont pas encore cristallisées”, prédit un résultat final meilleur que celui qui est actuellement promis aux socialistes. Dans l’entourage de la première secrétaire, on rappelle aussi que “Martine apparaît désormais dans les études d’opinion comme la plus populaire des figures du PS”.
“Ce qui m’intéresse, c’est le moyen terme. Mon avenir personnel est totalement secondaire”, assure Mme Aubry, qui se projette déjà dans l’après-élections européennes. En juillet, la direction du parti réunira un séminaire pour faire émerger les prémices du “projet de société” en gestation depuis plusieurs mois. D’ici là, il faut resserrer les rangs, avec notamment le meeting de Rezé, près de Nantes, où le 27 mai Martine Aubry et Ségolène Royal feront tréteaux communs.
Source: le Monde
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